Caro et cie

Qu’est-ce qui fait de nous un prof ou pas?

Qu’est-ce qui fait de nous un prof ou pas?

On peut s’imaginer créer des cours tous plus intéressants les uns que les autres, enseigner clairement des notions et des concepts que les élèves comprendront très rapidement, interagir avec ces derniers harmonieusement, intervenir toujours de la meilleure façon qui soit, corriger avec bonheur des dizaines et des dizaines de travaux…

On peut s’imaginer, certes. Mais la réalité se présente à nous crument, dans l’action, une fois la plus grande partie de nos études terminées. En effet, les élèves ne sont pas toujours silencieux et parfaits. Planifier demande beaucoup de temps surtout si on est créative et pleine d’idées. Corriger devient parfois harassant, surtout quand on fait beaucoup travailler les élèves. Faire apprendre aux élèves demande beaucoup de finesse et d’inventivité quand on veut qu’ils restent intéressés. C’est devant eux, seulement à ce moment-là, qu’on sait si on l’étoffe pour enseigner ou pas… Il y a tant de variables : les élèves, nous, le programme, la manière de l’aborder.

Depuis un bon bout de temps, mes élèves se régulaient d’eux-mêmes en 15 secondes lorsque la cloche sonnait; ils m’écoutaient intensément même lorsque je leur ai servi le cours le plus théorique et plate de l’année (ce n’est pas ma méthode habituelle); ils embarquaient dans mes projets à deux pieds joints; ils m’invitaient à me joindre à eux pour diner ou faire des activités lors de notre séjour à Québec…  Pourquoi ? Je me suis posée la question, mais ils m’ont donné la réponse à la fin de l’année. Certes, il faut une bonne dose de talent, beaucoup de discernement et une personnalité qui saura capter l’intérêt des adolescents devant nous quand on enseigne au secondaire, mais ce sont eux qui ont fait de moi l’enseignante qu’ils m’ont décrite affectueusement, sans que je leur demande, à la fin de l’année. Ils m’ont fait pleurer, en prenant la parole à tour de rôle et en me confiant qu’ils ont eu l’impression d’arrêter de faire du surplace parce qu’ils ont décidé d’avancer avec moi que ce soit en grammaire, en lecture, en écriture; qu’ils ont aimé les projets sur les sujets controversés, sur la poésie engagée et sur la cyberdépendance à la suite de la lecture du roman Fahrenheit 451 de Ray Bradbury parce qu’ils s’y sont engagés, confiants; qu’ils étaient contents de venir en français; qu’ils avaient l’impression que j’étais contente d’être avec eux…

Bref, pour que tout fonctionne, l’ingrédient gagnant; c’est l’attachement et le respect des élèves envers l’enseignante et de cette dernière envers eux.

Si j’ai été bonne, c’est grâce à nous (à eux et à moi)…

P.S. Je me sens tellement à ma place, c’est incroyable que je n’aie pas pensé à faire ce métier à l’âge de 20 ans; dire qu’à ce moment-là,  j’ai étudié en administration…

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juillet 2, 2012 - Posted by | J'enseigne |

2 commentaires »

  1. Si tu l’avais compris à 20 ans, tu enseignerais depuis un bon bout et tu n’aurais peut-être plus cette flamme, cet enthousiasme. Ton billet serait tout autre et même peut-être même pas de billet. Alors c’est très bien ainsi.

    Commentaire par ClaudeL | juillet 2, 2012 | Réponse

  2. Très beau témoignage

    Commentaire par Mélanie | juillet 13, 2012 | Réponse


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