Caro et cie

L’amitié et l’incommunicabilité…

Nous étions des fillettes lorsque nous nous sommes rencontrées. Tu étais venue jouer dans ma rue (dans ce temps-là, les enfants jouaient dans la rue) et nous avions sauté à la corde à danser… Puis nous avons vieilli et, ensemble, nous avons traversé maintes et maintes fois notre ville à pied, sauté le muret du ciné-parc, fumé d’innombrables cigarettes, conduit en cachette la poney de ta mère (sans permis), gardé beaucoup d’enfants, fait croire à Karine que le persil qu’elle fumait était du « pot », sauté par la fenêtre de ta salle de bain pour nous sauver (de nos amis?), passé des heures et des heures au téléphone. Tous les matins, tu téléphonais pour me demander ce que je faisais et chaque fois,  je te répondais que je me séchais les cheveux… Puis tu venais me rejoindre et nous nous rendions à l’arrêt d’autobus…

Il nous arrivait parfois de la « manquer », mais ma mère était toujours partante pour quitter le travail et nous amener à l’école.  Quelle surprise nous avons eue un matin, en entrant très en retard dans le cours de français, d’entendre TA mère nous saluer en accentuant notre retard…

Nous avons rencontré nos Pat à une semaine d’intervalle, fait du camping, lu des revues à potins côte à côte, apprécié les beaux p’tits modèles, partagé les p’tits verres de vin du vendredi après-midi, pris la route avec les enfants dans le winnie, etc.

Je t’ai convaincue d’allaiter, j’ai lu à ton mariage… Nous deux, c’était pour la vie!

Puis, il y a un an… incompréhension… Nous nous sommes éloignées chacune pour des raisons différentes. De plus, j’avais l’impression que tu avais d’autres amis autour de toi pour te soutenir tandis que ton Pat luttait contre un cancer,  que tu me tenais à l’écart…

Je vivais le deuil de notre amitié…

Puis, je me suis rebellée… Pas question que tu ne fasses plus partie de ma vie!   Quitte à prendre les miettes laissées par les autres… J’ai demandé à mon Pat d’appeler ton Pat pour vous inviter à souper (ils sont, grâce à nous, des amis sincères). Afin que tu ne refuses pas, j’ai lui dit  de vous suggérer deux soirs…

Vous êtes venus… Je n’avais aucune envie de régler des comptes, de juger ou d’essayer d’avoir raison…

Juste passer du temps avec toi et te garder présente dans ma vie…

***

Tu m’as dit que tu étais en colère…

Après moi? Je m’en doutais, mais pourquoi?

Puis, tu t’es mise à pleurer…

« Tu es la seule personne qui me connait vraiment, entièrement, ma seule VRAIE amie… j’avais besoin de toi et tu n’étais pas là, tu m’as laissée vivre tout cela seule… Je t’en ai tellement voulu… »

Mais pourquoi ne me rappelais-tu pas?

***

Les relations humaines sont parfois troubles et chaotiques.

On se parle sans se comprendre…

On parle pour rien dire…

On se regarde sans se voir vraiment…

On entend mal ce que l’autre nous dit, on déforme ses propos, apeurés par nos propres certitudes, lesquelles sont parfois erronées…

On se créé des scénarios, on s’invente des histoires, et le plus drôle, c’est qu’on arrive à y croire…

Toutefois, la réalité peut être tout autre… et unique pour toutes les personnes concernées. Élargissons l’idée aux conflits entre les peuples qui engendrent les guerres… C’est dérangeant!

Pour ma part, j’en sors grandie et convaincue de l’importance d’éviter les non-dits, mais en même temps,  je me rends compte qu’à l’instar des personnages de « la cantatrice chauve » de Ionesco  je vis moi aussi dans l’absurde.  Mon chien ne s’appelle-t-il pas  Bobby Watson…

mars 28, 2011 Posted by | j'avoue | 4 commentaires