Caro et cie

L’ascension du mont Gros-Morne par le sentier James Callaghan

Le 8 août 2009

Le mont Gros-Morne, dont le sommet atteint 806 mètres,  est le deuxième plus haut sommet de Terre-Neuve après le mont Lewis.  Il a un habitat arctique alpin qui évoque la toundra du Grand Nord. J’aurais pu voir des caribous,  mais ils n’étaient pas au rendez-vous cette journée-là…   Les 806 mètres,   à première vue,  ne semblent pas si impressionnants que ça, mais ils ont   de quoi surprendre  puisqu’ils représentent  la hauteur complète à partir du niveau de la mer.  J’ai vu des montagnes beaucoup plus hautes dans les rocheuses au Nouveau-Mexique, mais les plateaux désertiques étaient si élevés que l’impression de hauteur n’était pas plus grande qu’au pied du mont Gros morne.    Si vous me suivez,  c’est 806 mètres d’altitude que nous gravitons en quelques kilomètres,  lors de l’ascension,  puisque le sentier commence au niveau de la mer.

Les recommandations et les avertissements abondent:  ne pas essayer de nouvelles bottes, avoir au moins deux  litres d’eau (sur internet c’est un, mais là-bas sur les panneaux c’est deux), avoir des vêtements de rechange, des chaussures de marche robustes, de la nourriture, ne pas partir par mauvais temps,   s’informer des prévisions météorologiques au préalable,  faire attention aux ravins,   s’assurer d’avoir assez de temps,  considérer nos forces de façon réaliste et  ne pas y amener de jeunes enfants.  Il est nécessaire d’être bien préparé pour cette randonnée et de ne rien laisser au hasard. 

Ce sentier de 16 kilomètres aller-retour est une randonnée longue et difficile qui demande habituellement 6-8 heures.  Le sentier monte graduellement pendant les 4 premiers kilomètres jusqu’à un réseau d’étangs au pied de la partie pelée; à 320 mètres au-dessus du niveau de la mer.  Déjà on peut admirer le paysage de haut.  Pour ceux qui ont des enfants ou qui manquent d’endurance, un panneau suggère de rebrousser chemin à cet endroit, ce qui représente quand même une belle randonnée de 8 kilomètres.  Pour vous donner une idée, cette partie est jusque-là assez difficile avec des rochers, des racines et une ascension continue.  Cela ressemble au sentier du grand brûlé qui monte au sommet de Tremblant dans les Laurentides.  La surprise arrive lorsque nous sommes devant le panneau et que l’on voit où se dirige le sentier.  Je vous jure, le coeur m’a manqué.   Je m’imaginais quelque chose d’ardu, mais ce que je vois devant moi dépasse tout ce que j’ai pu imaginer…

La coulée de moraine...

La coulée de moraine...

Parce qu’à cet endroit, le sentier s’engage dans un ravin abrupt qui est en fait une coulée de moraine laissée par le passage d’un glacier. Vous dire à quel point s’est extrême ne vous  fera même pas imaginer à quel point ce l’est réellement…  Pat et moi nous regardons ébahis.  On en a fait des affaires, mais celle-là…  Il s’agit de monter les 500 derniers mètres d’altitude en 1 kilomètre, rien de moins et de redescendre ensuite durant 12 kilomètres dans des conditions difficiles…  Le panneau nous l’indique clairement avec une photo à l’appui.   J’ai la trouille.  J’ai envie de rebrousser chemin, mais je me dis que je vais y arriver, un pas à la fois et que ça prendra le temps qu’il faudra.  Je dois monter pencher vers l’avant, être très attentive aux roches sur lesquelles je mets les pieds et me concentrer.  Nous devons même nous éloigner l’un de l’autre et faire cette ascension chacun dans notre bulle, car les roches dévalent parfois sous nos pieds et représentent un danger pour ceux qui nous suivent. Il vaut mieux y aller chacun pour soi.  Heureusement que mes enfants, aussi habiles soient-ils,  ne sont pas avec moi…  J’aurais passé mon temps à les surveiller et à avoir peur qu’ils dévalent la pente qui n’offrait aucune prise en cas de chute.   Au moins, je peux rester dans ma bulle et mettre un pied devant l’autre en faisant attention de ne pas me retourner trop vite, ce qui peut me causer des vertiges…  Juste avant d’atteindre l’immense  plateau, le sentier grimpe à la verticale et  j’ai tellement le vertige que je rampe  vers le sommet,  comme une chenille, en m’agrippant à tout ce qui peut me donner une prise, si légère soit-elle. Mes jambes tremblent. Mes premières paroles à Pat sont: « on est des maudits malades d’avoir fait ça… »  Ce à qu’il confirme d’un hochement de tête… « Plus que ça,  c’est de l’escalade et  nous aurions été attachés en rappel »…

Toute petite dans le ravin

Toute petite dans le ravin

 

Tout effort extrême amène des récompenses et de voir ce grand plateau et le relief spectaculaire ciselé par les glaciers qui s’étend autour laisse sans voix, sans mots, ébahis devant tant de beauté.  Les longs fjords de Bonne Baie, les petits lacs en altitude que l’on perçoit telle une flaque d’eau de l’autre côté du fjord à flanc de falaise et la vallée en auge de l’étang de Ten Mile.  Grandiose… Absolument merveilleux!  Nous tous au sommet, nous regardons avec respect et admiration: nous sommes des conquérants au sommet de Gros-Morne.  Pour décider de continuer et faire l’ascension complète, il faut être téméraire, avoir de la volonté et accepter de souffrir…

Le sommet...

Le sommet...

Puis, nous amorçons tranquillement la descente le long des fjords, descente de 12 kilomètres dans des conditions extrêmes. Nous devons sans cesse être vigilants.  À la fin de la randonnée, j’ai l’impression d’avoir des ailes et de planer plutôt que de marcher,  de voir en plusieurs dimensions mon chemin à travers racines et rochers, d’être rapide et en osmose avec ce qui m’entoure.  Pat me fait remarquer je suis en feu, il peine à me suivre.  Dire qu’il présumait le contraire au départ le matin…  Je lui dis que la montagne m’a fait quelque chose… Je ne sais pas quoi.  Je me sens comme… Une surfemme? Je dis n’importe quoi: force, guérison, réincarnation, etc.  On finit donc cette longue randonnée le coeur en liesse  et mes pieds n’ont commencé à vouloir sortir de mes bottines qu’une fois arrivée au stationnement! Heureusement!!

Fjord et étang Ten Mile dans les nuages...

Fjord et étang Ten Mile dans les nuages...

Caro auréolée d'un joli petit lac...

Caro auréolée d'un joli petit lac...

Si les photos avaient trois dimensions, vous verriez combien c'était  immense...

Si les photos avaient trois dimensions, vous verriez combien c'était immense...

Je me suis impressionnée, j’ai impressionné mon chum et  j’ai été impressionnée par la coulée de moraine, par les fjords aux falaises plongeants vers les étangs et par ceux qui  ont fait l’ascension eux aussi…  On décide d’aller coucher au phare de Lobster Cove Head et personne n’est venu nous dire de nous en aller.   Les Terres-Neuviens ne sont pas « freak control » et ne se complique pas la vie pour rien… Deux minis coupes de vin rouge et je riais pour rien!!! 

Promenade sur la grève au phare...

Promenade sur la grève au phare...

Il reste assez d'énergie à Pat pour faire de l'équilibre sur un morceau d'épave du Titanic

Il reste assez d'énergie à Pat pour faire de l'équilibre sur un morceau d'épave du Titanic

Mer de brunante...

Mer de brunante...

Le phare de Lobster Cove Head, où nous avons dormi...

Le phare de Lobster Cove Head, où nous avons dormi...

 

n.b.  Nous avons jusqu’à maintenant marché 56 kilomètres…. Et nous avons fait la randonnée en 6 heures, diner au sommet inclus….

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août 24, 2009 - Posted by | je voyage, Terre-Neuve

6 commentaires »

  1. Magnifique !

    Commentaire par Michèle | août 24, 2009 | Réponse

  2. Bravo!
    Maintenant j’en suis sûr. Si je retourne à T-N, je me fais Gros Morne.

    Commentaire par gaétan | août 24, 2009 | Réponse

  3. à Michèle… Merci!! 😉

    À Gaétan… Il le faut… 😉

    Commentaire par Caro et Cie | août 25, 2009 | Réponse

  4. Voilà pourquoi tu étais si fière d’avoir gravi le Grand-Morne.
    Photos vraiment époustoufflantes.

    Commentaire par Mijo | août 27, 2009 | Réponse

  5. adrénaline garantie! ;-D

    Commentaire par Caro et Cie | août 28, 2009 | Réponse

  6. Tellement impressionnant!

    Commentaire par Matty | août 30, 2009 | Réponse


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